Se créer une banque d’images gratuite

Vous voulez une banque d’images gratuites, ou presque ? Facile ! La pratique est devenue tellement courante aujourd’hui, il vous suffit d’un concours photo dont le règlement vous donne tous les droits et de flatter correctement l’ego des participants.

Ce matin, un ami, plein de bonnes intentions, m’envoie un lien vers un concours photo, encore un, où l’on peut gagner 500 euros de bons voyage. Maintenant habitué à ce genre de concours, je vais de suite voir les conditions générales.

Bingo : Les gagnants du concours accordent à SNCF , sauf indication contraire, à titre gracieux et exclusif, les droits d’utilisation, de représentation, de reproduction, de modification, d’adaptation, de publication, de traduction, d’affichage portant sur leur création, en vue de son exploitation par la SNCF à titre de publicité et de promotion de l’opération « Ma Ville vue du Train », de ses activités, produits et services, ainsi que dans le cadre de ses opérations de marketing, de communication interne et externe, dans le monde entier, jusqu’au 15 juin 2021.

On ne peut être plus clair. Donc, pour un prix qui ne coûte rien à l’entreprise publique (des bons voyage), voilà que l’on se crée encore une banque d’images gratuite. Si mes informations sont bonnes, il y a pourtant 3 photographes officiels à la maison-mère SNCF. Sur 170 000 employés. C’est encore trop ?

Mais au moins, le règlement contient un contrat de cession gracieuse de droits en bonne et due forme, à signer en annexe pour les gagnants. C’est déjà ça, nombre d’entreprises (jusqu’à certains magazines reconnus) ne se donnent pas cette peine et laissent cela au cœur d’un ensemble indigeste, qui contient généralement beaucoup de droits et aucun devoir. On préfère concentrer le tir pour satisfaire le besoin de reconnaissance des participants… Car certains seraient même prêts à payer pour être « mis en valeur ». Parfois même sans indiquer le nom de l’auteur sur les photos utilisées, ce qui est parfaitement illégal même si précisé dans le règlement.

Le problème, c’est que même de grands magazines type National Géographic ou Géo utilisent ces procédés. Combien de photos d’amateur pouvez-vous voir sur les pages papier et internet de ces grands noms ? Combien de reportages ne comportent plus la mention « textes : untel, photos : untel », pour ne garder qu’un « texte de » accompagné des photographies de divers auteurs, parfois non créditées ? Parcourez le prochain numéro de votre magazine préféré en tournant la tête, les crédits sont généralement indiqués dans un coin de l’image, verticalement. Quand il y a un crédit…

Mais enfin, c’est la vie, l’âge d’or de la photographie professionnelle est révolu, s’il y en a jamais eu un. Pour être photographe aujourd’hui, c’est-à-dire VENDRE ses clichés, fruit d’un travail, la recette ne change pas : il faut être meilleur (et inventif) !

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