Ljubljana Vintage

Ca sera le mot d’aujourd’hui. Ljubljana la douce, ses canaux verts d’eau aux saules dégoulinants de poésie, ses petits potagers travaillés par de vieilles slovenes aux rides profondes ; mais aussi son chateau occupé par des cafés chics, ses rues propres et pavées aux mille couleurs, ses citadins au style vestimentaire savamment travaillé ; cette ville est sans doute la seule capitale européenne ou l’on peut venir se reposer et profiter du temps qui passe. Ici point d’empressement, le soleil du printemps retrouvé donne le rythme a cette Boheme du Sud.

Nous déambulions ainsi tels deux intrus au milieu d’un océan de vintage. Pierre avec son déguisement d’ouvrier russe qu’il porte depuis quelques mois – pantalon large en laine kaki, T-shirt noir et béret gris – et moi avec mes grosses chaussures de montagne orange et mon sac a dos rouge. Nous n’avons pas trouvé la faille, le « oui mais » devant ce peuple slave qui a l’évidence se porte bien au pied des Alpes enneigées.

Nous sommes arrivés hier minuit dans ce havre de paix, guidés par un providentiel hasard vers la prison, reconvertie en auberge de jeunesse et village d’artistes ; une oeuvre a part entiere. La prison a du etre reconstruite ailleurs ; ou peut-etre n’y avait-il pas assez de délinquants au pays des Toupoutous.

Nous pouvions ainsi nous reposer apres 10h de train pour faire l’équivalent de Paris-Lyon entre Budapest et Ljubljana, via Zagreb, traversant des paysages qui versent dans le bucolique. La Hongrie est aussi un chouette pays – quoiqu’avec une langue un peu trop remplie d’accents et autres trémas italiques qui vous font comprendre le sens du mot « finno-ougrien » mais rien de plus – et Budapest une belle ville alanguie. Une petite sieste allongés dans le parc, les yeux vers l’azur du ciel qui se profile derrière les jeunes pousses et les premières fleurs blanches des cerisiers…

La Hongrie, ses champs verts tendre tout propres sous un ciel d’azur, son immense lac aux eaux turquoises et ses trains aux fenetres ouvertes, voila qui tranchait avec l’Ukraine d’ou nous arrivions. Mais il faut dire que l’on s’est un peu laissé dériver dans Kiev. Enfin dans les alentours de Kiev. Jusqu’au pont de l’autoroute en fait, sur un immense fleuve aux eaux noires.

Apres une arrivée dans la capitale ukrainienne sous la gible, les vitres ruisselant d’une pluie battante, nous trouvions une gare en torpeur maximale. A 3h du matin, le marchand de sable avait fait ses affaires jusqu’aux vendeurs, disparus derriere leurs comptoirs. Visiblement un sable de premiere qualité, raflé par une foule dont peut-etre la moitié attendait un train. Pas un des centaines de sieges de disponible, salle comble pour une symphonie de silence sans spectateurs. Nous achetions au rebut une place contre un pilier, en attendant le matin, comme tout le monde.

Cela dit, guidé par le fluide de Pierre et a la faveur d’une éclaircie, nous finissions par trouver le Kiev des touristes, une belle cité aux anciens bulbes dorés et a la rue de souvenirs que l’on doit trouver dans le guiness book comme la plus longue au monde. Enfin s’il y a une catégorie pour cela.

Carte de l'expédition hivernale arctique en train par Pierre Berçot et Bruno Meignien

Apres Kiev, nous n’avons pas vraiment suivi le programme de retour initial tracé dans l’euphorie des préparatifs sur la carte ci-dessus, mais le Sud printannier nous a si bien tendu les bras, nous n’aurions pas été bien malins d’y résister.

Demain a Venise, nous finirons de nous acclimater aux 50 degrés gagnés ces douze derniers jours. Peut-etre meme devrons nous pour nous rafraichir piquer une tete dans l’Adriatique, qui sait ?

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