les Monts Oural polaires

Россиа, собь, 67°N / Russie, Sob’, 67°N. Monts Oural versant Arctique, aux confins de l’Europe et de l’Asie. Une gare, 5 maisons d’un côté, un wagon hôtel de l’autre. Ici, c’est encore le plein hiver. Les ours dorment. Enfin, nos sources divergent. On accède à cet éden polaire depuis les grandes toundras de Vorkouta, en 9h de train. Pour 200km à vol d’oiseau. Un train de la catégorie petite vitesse.

On arrive ainsi aux portes de la Sibérie au soir, si l’on tient suffisamment bien la vodka servie par les mineurs Tatars et Bachkiris de  la voiture de quatrième et dernière classe – rien à voir avec de quelconques fromages, il s’agit des ethnies mongoles des Républiques Russes du Tatarstan et du Bachkortostan.

Vous avez dit ailleurs ? photo Pierre Berçot

Vous avez dit ailleurs ? photo Pierre Berçot

Le contact s’est établi tout naturellement. Un homme a penché son béret vers moi pour savoir si je n’étais pas voisin, par exemple Ouzbek. Un Tatar qui me demande si je suis Ouzbek, on ne me l’avait encore jamais faite. La rumeur s’est vite répandue ; des Français dans le train ! L’endroit déjà surpeuplé et bien animé s’est transformé en grand bazar.

Nous descendions ainsi, passablement éméchés, le soleil couché, dans un océan de neige, avec pour toute certitude qu’il y avait un hôtel dans la zone. Heureusement, Alexander Petrovich, gardien respecté des lieux, attendait avec sa femme les trois voyageurs éplorés. Trois, car il y avait aussi Nikita, climatologue spécialiste du permafrost qui se lançait entre deux missions en Antarctique pour les premiers 1000 km de son périple Oural – Kamtchatka ; avec ses skis, son traineau et sa chienne.

L'hôtel de Sob', Monts Oural

первы купе / premier compartiment du Coupé (2de classe)
Hôtel de Sob’, Monts Oural

Le lendemain, après une petite acclimatation dans le grand blanc, une bande de 5 alpinistes nous préparait un repas gargantuesque. Ils terminaient onze jours d’expédition à travers l’Oural, en skis et sous la tente, y compris par -38. Une soirée ponctuée de pauses alcooliques et de chansons russes à la guitare – les mecs se sont trimballés une guitare dans l’Oural – et terminée autour de nos étranges raquettes en bois.

monts oural sob

Système de fixation à revoir : inutilisables… on fera mieux la prochaine fois. Comme l’igloo. Façon Gaudi. Enfin, cette construction, avec les étoiles pour seul toit, nous a toujours protégé du vent par -20 degrés. La nuit du premier Avril. Et la suivante. Le matin du 3, Pierre me réveille par ces mots ; c’est l’apocalypse. Pas de quoi s’affoler tout de suite mais effectivement, un blizzard à ne pas piquer des vers nous attendait en bas dans la vallée.

igloo

Les Français qui voulaient faire un igloo dans l’Oural – photo Alexander Petrovich

Bref, nous voici de nouveau à Vokouta. Ce soir, Danil nous propose de vérifier la légende urbaine colportée par le guide du Routard, selon laquelle les filles russes se frotteraient à nous en discothèque au seul motif que nous sommes français…

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