Jours 27-31 – Moscou

Ici, c’est le Printemps. Les gros tas de neige sale fondent en flaques noirâtres qui brillent au soleil. La ville dégueule de voitures jusque sur les trottoirs, sans ordonnancement. Pourtant, les forces de l’ordre sont tout sauf invisibles. Il suffit de passer l’entrée de la Kurskiï Vakzal (курскии вокзал) et ses portiques de sécurité pour ressentir cette présence néanmoins nonchalante. Le portique sonne ! Les agents ne haussent même pas un cil. Idem pour aller sur le quai. Si vous êtes chanceux – ou portez la barbe – vous aurez tout de même droit au passage des bagages aux rayons X.

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Il est midi et si le bâtiment soviétique récent, large et cubique, est assez passant, les plateformes de la gare de Koursk (Kurskiï Vakzal), traversante, sont désertes. Pas âme qui vive. Ah, si, les épicières, qui ont l’air de s’ennuyer un peu, à l’ombre sur les quais couverts. Et une machine qui manœuvre, au fond, inlassablement. L’espace s’anime peu à peu. A 13h30, la pause déjeuner est terminée, la gare affiche complet. Les quais débordent de trains et d’uniformes en tous genres : armée, police, police ferroviaire, agents RZD… Cela n’empêche pas certains voyageurs de banlieue de sauter du quai, haut d’au moins 1m50, et de traverser les voies pour éviter l’accès officiel au couloir souterrain, dûment surveillé au moyen d’à peu près un contrôleur par portillon.

C’est le paradoxe russe. Plus il y a de monde pour contrôler ce que vous faîtes, et plus vous faîtes ce que bon vous semble. Notre hôte à Moscou nous a précisé en souriant que « parfois, les gens payent pour ça ». Mais à la Kurskiï Vakzal on peut même pique-niquer entre les voies, en plein milieu du trafic, c’est gratuit.

Suivons les guides. Voilà la sortie bis, après une petite balade sur une voie de service le long de la gare suburbaine, légèrement décalée par rapport à la gare principale. Un trou dans la grille, par lequel entrent aussi les passagers des trains suburbains. Eh oui, l’entrée officielle de la gare suburbaine est aussi contrôlée avec force portillons. Remonter sur un quai de 1m50 requiert un peu de méthode. En s’appuyant sur l’avant du train, c’est plus facile. Mais pas d’inquiétude, si le train est sur le départ, le conducteur avertit le fraudeur d’un klaxon poli. On ne va tout de même pas vous écraser pour avoir resquillé quelques roubles ! Certains se la jouent « sans support », mais c’est un peu plus athlétique – tout est dans le mouvement du bassin.

Maintenant que me voilà dehors, remontons vers le nord et les gares plus historiques. D’abord une zone d’immondices – globalement, la Russie est un pays assez sale, surtout après la fonte des neiges. Puis quelques centaines de mètres sur l’avenue 2*5 voies qui fait le tour du centre, et enfin une petite rue qui longe la double-voie en déblais. Un train passe et freine dans un grand nuage de fumée. Visiblement rien de grave ; quoi de plus naturel que de la fumée en Russie ! Le train repart aussitôt.

Me voilà à la Kazanskii Vakzal. On y entre par le portique d’usage, qui donne accès à une salle sombre et longiligne, antichambre de cette gare terminus. A droite, une intrigante porte s’ouvre sur le salon des voyageurs huppés. Pour 200 roubles de l’heure (5 euros), l’homme d’affaires oublie qu’il est habillé en pingouin et s’y affale sur de larges canapés en cuir. A gauche, les portes cachent un plafond d’une hauteur incommensurable, enfin très haut quoi.

Sur la quinzaine de quais, on retrouve des matériels assez typiques, comme cette CS7 bleue ou cette CS3 verte, jaune et rouge. Elles tirent des trains d’une quinzaine de voitures. Voiture-poste et fourgon à bagages compris, les trains « grandes lignes » russes standards font quinze voitures, les petits une petite quinzaine et les grands une grosse quinzaine !

Il y a deux autres gares terminus en face. La gare de banlieue de Leningrad (Leningradskiï Vakzal), jouxte la gare de Iaroslav (Iaroslavskii Vakzal), dont la partie banlieue est aussi « inaccessible », quoiqu’on puisse l’atteindre, toujours de la même manière, depuis les quais grandes lignes, par une petite balade sur les voies. A part quelques promeneurs du chemin de fer, le bout du quai est relativement désert.

Jour 25-28 - Moscou gare de Koursk voyageur

jour 25-28 - Moscou gare de Iaroslav voyageur et train Spoutnik

jour 25-28 - gare de Kiev aeroexpress moscou aeroport

Un automoteur tout blanc « Spoutnik » décolle vers les lointains horizons de la banlieue moscovite. Drôle de nom pour un train. Amusant aussi ce type qui voyage à l’arrière, assis sur l’attelage automatique. Pardon ?!? Ah oui, j’ai bien vu. C’est la deuxième fois aujourd’hui, mais ça fait toujours le même effet. Il regarde l’horizon, cigarette au bec. Une façon de voyager au grand air, avec vue sur les rails, qui n’a rien à envier à Gagarine.

Après ce petit tour de railfan, Arina et Kristina m’emmènent voir des expos et la Place Rouge – Moins amusant que les Moscovites qui voyagent à l’extérieur des trains russes, mais quand même, ça en jette.

Le lendemain, après un gros dodo, nous partons acheter une ceinture cosaque en « proche » banlieue pour Pierre. La proche banlieue, c’est tout de même deux heures de métro et bus depuis le centre. Le métro est assez similaire à celui de Saint-Pétersbourg, avec de grands escalators qui descendent à quarante-cinq mètres sous terre, des stations relativement monumentales et des interstations relativement interminables. Les métros bleus à liseré blanc se succèdent toutes les deux minutes dans un bruit infernal, y compris sur la ligne circulaire qui suit le premier périphérique – il y a 4 anneaux routiers à Moscou. Ce soir, Pierre m’emmène au Systema (система). Il y recevra son diplôme d’instructeur.

12 Avril

Je me balade vers la gare de Kiev (Kievskiï Vakzal). Encore une gare où l’on passe hommes et bagages au crible dans l’entrée principale alors que l’autre côté n’est absolument pas contrôlé. A l’intérieur sous la marquise, dans une belle symétrie autour d’un quai central, les rames automotrices modernes et rouges vif de l’Aeroexpress accueillent les passagers en partance pour l’aéroport. Dehors, c’est déjà beaucoup plus traditionnel. Un tracteur est garé là – Nous sommes à Moscou – devant le train bleu sombre pour Kiev. Après deux heures de visite, en revenant vers le bâtiment voyageurs, je fais une dernière photo. Un agent à casquette fourrée m’interpelle. Il est interdit de prendre des photos. Bon. C’était donc vrai.

Demain, nous repartons pour la vieille Europe…

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