Jours 16 et 17 – Vorkouta, terminus polaire

Le train 376 fait ses derniers tours de roue. Tout à coup, la vie revient. Ou plutôt l’homme, sous sa forme moderne : le béton. Bizarrement, le béton soviétique enneigé, ça ne manque pas de poésie. Il a pourtant été coulé en grande partie par les prisonniers du goulag, chaleureusement surnommé « la guillotine glacée ». Heureusement, c’est le passé. Mais cela donne quand même à réfléchir.

jour 16-17 - gare de vorkouta

Nous apercevons Danil. La communication par téléphone, en russe et avec un crédit de 5 minutes, n’a pas été simple, mais il nous reconnaît tout de suite. Il faut qu’on dire qu’on ne passe pas tout à fait inaperçus, niveau bagages. La chaleur de l’accueil est à la hauteur du froid qui règne dehors – Dans l’ensemble, les russes sont d’apparence assez peu avenante, mais quand la glace est brisée, ils en font de l’eau bouillante. Nous prenons un bus, puis un autre. Notre hôte donne les sous au passager de devant, qui les transmet à son tour à celui de devant, et ainsi de suite jusqu’au chauffeur. Les tickets reviennent avec la monnaie !

La ville étale ses bâtiments longs et carrés. La neige enveloppe tout. Je ne sais plus trop pourquoi on est venu ici. Parce qu’on n’a pas pu aller à Norilsk, 69°N, ville minière de Sibérie à l’accès trop réglementé, n’est une réponse qu’à moitié satisfaisante. Peut-être tout simplement l’envie de découvrir et de comprendre un monde abstrait, insaisissable autrement qu’en allant voir.

jour 16 - Vorkouta

Danil nous reçoit comme des rois dans son appartement qu’il qualifie de minimaliste. Il est aide-mécanicien, c’est-à-dire conducteur auxiliaire aux RZD, les chemins de fer russes. Il nous propose une visite du dépôt ferroviaire de la ville pour demain matin. Du pain béni pour Rail Passion ; mes anges-gardiens ont (encore) fait du bon boulot…

Le lieu ne dénote pas dans l’ambiance générale : Grand Nord. Des machines à charbon ensevelies sous des mètres de neige côtoient des étraves de chasse-neiges monumentales. Dans un atelier trône une imposante T2, la double locomotive vert sombre standard qui roule par tous les temps. Un tuyau crache de la vapeur dans un coin, histoire de nous rappeler que nous sommes en Russie. Pour un amateur de trains, l’ensemble est une découverte vibrante. Pierre, qui n’a rien du railfan, a tout de même apprécié ce saut dans un autre monde.

jour 16 - dépôt ferroviaire de vorkouta

De retour dans la chaleur du béton, Danil nous fait goûter au bortsch et au kvas, tous deux faits maison. On n’ira pas jusqu’à en demander l’inscription au patrimoine immatériel de l’humanité, mais tout de même, mes papilles s’en souviendront longtemps.

Tout-à-l’heure, nous repartons déjà, pour les monts Oural. Danil a paru encore plus inquiet que ma mère quand on lui a expliqué ce qu’on voulait faire. Il a fini par capituler devant le sérieux des parkas « Arctique » Pyrénex et du couteau de survie de Pierre. 25cm, oui, on peut couper du bois avec, c’est bon. Y’a pas beaucoup de bois, mais s’il y a des ours, ça peut toujours servir.

 

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