Jour 9 – le transect

Aujourd’hui, le Printemps lançait son premier matin à -20°C. A midi, nous touchions les -10°C et à la faveur de cette petite douceur, quelques flocons ont commencé à noyer le paysage. Nous sommes partis sur le « transect » de la rivière, avec Pierre – Un transect est un mot savant pour dire itinéraire/piste.

tourbière sous la neige

Le but de nos deux « éthologues », c’est-à-dire scientifiques du comportement animal, est d’obtenir une série de relevés des traces d’animaux susceptibles d’être mangés par les loups, afin d’estimer leurs populations. Il faut donc parcourir à intervalles réguliers les mêmes transects, sur une période de plusieurs mois. Pierre, qui lui n’est pas du tout éthologue, a déjà fait la boucle de la rivière des dizaines de fois, pour aider. Entre les arbres, j’apercevais de temps à autre des trous dans la poudreuse.

– C’est quoi ?
– Des vieilles traces de lièvre
– Et ça ?
– Des traces de rennes. Vieilles.

Rivière enneigée Carélie

La récolte d’empreintes fraîches a été maigre mais cela n’a rien enlevé à la magie des lieux. La rivière, en réalité un ruban de neige un peu plus bas que le reste, sous lequel on entend de temps à autre un profond « glouglou ». Sur la rive d’en face, les traces d’une tribu de rennes venus s’abreuver ici il y a deux semaines environ, lorsque la rivière n’était pas entièrement recouverte de son blanc manteau.

Le temps y est suspendu.

panaches de neige

De retour à la cabane, nous avons aidé Vladimir et Karen à ramener des rondins de la forêt. Vladimir, bientôt la cinquantaine mais l’air dix de moins, recouvert d’une longue veste en laine verte et d’un bonnet d’aviateur en cuir noir, maniait la tronçonneuse et la motoneige en trappeur aguerri. Sur le lac tout proche, des tourbillons de neige étaient mis en mouvement par de facétieuses bourrasques.

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