Jour 8 – le lynx

La journée a été tranquille. Ramener à l’isba des arbres tronçonnés par Vladimir, l’homme des bois de l’association Lupus Laetus – qui parle anglais, parce qu’il est aussi scientifique – en fendre quelques-uns à la hache pour le feu, recreuser le trou dans le glace pour récupérer de l’eau, la belle vie quoi. Monotone diront les uns, simple et propice à la réflexion répondront les autres. D’ailleurs, un nouvel arrivant russe débat à longueur de temps de grandes questions philosophiques avec Vladimir. Pierre, qui se démerde pas trop mal en russe, un rondin dans les bras, en a profité pour s’enflammer à propos de Tolstoï et Dostoïevsky, ses deux marottes.

Le lynx - taïga

En revenant, nous retrouvons le lynx dans sa pièce de l’isba. Il a été recueilli par des habitants sur un parking, et Lupus Laetus l’héberge en attendant de pouvoir lui apprendre à chasser cet été, sur une île ; car il ne peut pas encore survivre seul et doit pouvoir être retrouvé facilement. Pour l’instant, les îles n’en sont pas vraiment, le lynx pourrait à tout moment s’échapper en marchant tranquillement sur la glace !

Comme chaque jour, nous avons mangé en permanence, sans crainte de voir les calories finir en bourrelets. L’activité physique aide un peu. Le froid fait le reste. On mange plus par besoin que par gourmandise ; les fins gastronomes ne trouveront pas ici d’explosion de saveurs aux 7 épices, mais plutôt des conserves et autres aliments consistants et industriels. Ceci dit, la petite soupe carélienne de ce midi nous a bien titillé les papilles. Du poisson haché – Vladimir a pris le poisson entier congelé, une sorte de saumon, l’a posé sur un billot de bois et l’a découpé à la hache en cinq gros morceaux, tête comprise – avec quelques épices, des patates et des oignons, le tout jeté dans l’eau et chauffé sur le poële. Et ce matin, c’est Pierre qui nous préparait un pain perdu à ne pas piquer des vers. Pour accompagner tout ça, de l’eau chaude et du thé. C’est la base en Russie, où l’eau courante n’est généralement pas potable.

Porte Isba cabane

Le long crépuscule s’est encore une fois frayé un chemin du blanc jusqu’au vert d’eau, en passant par le jaune et le rose de neige aux ombres bleutées. Le mercure a aussi bougé, se rétractant immédiatement après la disparition des derniers rayons. A l’intérieur il fait 12°C, exceptionnel par rapport aux 3 à 7°C habituels. J’en transpire dans mon duvet à plumes.

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