Jour 5 – de St-Pétersbourg à la taïga

Il est 6h. Quelques ombres furtives se dispersent dans Pétrozavodsk, depuis la gare. Le train de nuit parti, reste une âme esseulée, voguant entre le quai enneigé et le tableau des horaires. Si ma lecture du cyrillique ne me trompe pas, il n’y a pas de train pour Kostomouksha aujourd’hui. Je le savais déjà, mais j’espérais, je ne sais pas, un miracle quoi.

Petrozvodsk fret

Avec mes anges-gardiens, les miracles ne tardent jamais à arriver. A la gare sont notés les horaires d’autocar. Ça tombe bien, il y en a un à 11h pour Kostomouksha, et la gare routière est juste de l’autre côté des voies.

Ici, un étranger est quelque chose de relativement inconcevable. Le fait d’aligner trois mots de russe correctement vous range illico dans la catégorie autochtone. Le problème est de savoir quoi répondre à la tartine qui vient en retour. La première fois, le sourire a bien fonctionné. La seconde, j’ai compris que j’avais fait quelque chose de travers. Ah oui, mes bagages, plutôt dans la soute, et je suis en train de mettre le bus en retard. Oulà, oui, tout de suite madame.

Le car était quelque chose d’intéressant, avec un film cousu d’invraisemblances – pour faire dérailler un métro péterbourgeois dans un délire d’étincelles et de passagers volant en tous sens, il suffit de freiner fort, c’est pour dire – Alexeï qui m’a montré ses photos familiales et a rigolé en voyant la tignasse sur mon passeport, le car qui s’en va à l’improviste pendant la pause café puis qui revient une heure après avec de nouveaux passagers… Il serait trop long de tout raconter, mais tout de même, cet arrêt dans une maison en rondins, les ladas sur la neige, le type a la barbe grise d’un demi-mètre, robe noire, qui entre dans une cabane fumante aux murs en peaux de bêtes, c’était ambiance Russie !

motoneige -23

Mais voilà, 20h, c’est déjà Kostomouksha. Pas vraiment romantique, une ville de 30 ans créée pour accompagner une mine au beau milieu de la taïga, et un policier en civil venu tout exprès m’accueillir à la sortie du bus. Passeport s’il vous plaît, et vous venez d’où, vous allez où, qu’est-ce que vous faîtes, et pourquoi… Bon, allez-y, excusez-moi pour le dérangement. Un taxi ? Oui, attendez ici. Étonnamment facile. Par contre, la suite des évènements, Pierre aurait pu être plus clair. Il faut aller au kilomètre 12 de la route pour Luvuzéro. Bon. Le chauffeur ne connaît pas Luvuzéro, bien sûr. On finit par trouver sur la carte. Au km 12, il y a bien un chemin sur la droite, mais personne. La nuit tombe. « Где дом ? » (où est la maison ?). Euh… Mais heureusement, voilà une lumière au loin. C’est Pierre qui arrive avec la motoneige. Je suis presque arrivé !

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