Jour 36 – Le printemps, de Budapest à Ljubljana 1

La guichetière de Budapest-Déli nous a promis un direct, mais il n’y a pourtant marqué nulle part Ljubljana sur ce train. Seulement Zagreb, qui est certes sur le chemin, et encore, sur seulement trois des dix voitures. Notre train multi-tranches se met en marche à l’heure, dans une agréable atmosphère printanière. A en juger des langues parlées ici, il y a visiblement un paquet de touristes en plein Interrail, munis de ce fameux ticket qui donne accès selon la formule à plusieurs pays voire à l’Europe entière, de l’Ecosse à la Turquie, de trois jours à un mois d’affilée. L’un de nos voisins de compartiment est croate, il retrouvera sa thèse à Budapest dans quelques jours.

Lac Balaton train

Le train traverse un pays propret, qui en devient presque une caricature type La mélodie du bonheur lorsque le train arrive le long du lac Balaton. Une nature mise au pas et une succession de mignonnes maisons aux jardins arborés et à la pelouse millimétrée, alignées au bord de l’eau. Mais enfin le lac aux eaux claires, cerné de montagnes aux douces ondulations, est relativement magnifique.

Plus loin, nous serpentons le long de la Dráva, belle rivière qui fait office de frontière entre la Hongrie et la Croatie. Dans l’ensemble, la Hongrie est un chouette pays, quoiqu’avec une langue un peu trop remplie d’accents et autres trémas italiques qui vous font comprendre le sens du mot « finno-ougrien ». A la gare-frontière, on nous demande à peine nos cartes d’identité. C’est tout, même pas une inspection suspicieuse à la loupe ou à travers le soleil ? Oui, nous sommes bien de retour en union européenne ! Quand je me rends compte que si l’on présente comme Pierre son passeport, on a droit à un coup de tampon, j’en demande un aussi.

 Le soleil se couche sur les trois voitures restantes de notre train, celles qui vont à Zagreb. Au fil de moëlleuses vallées sous les ors du crépuscule, de petites gares en petites gares, le paysage est une définition de « bucolique ». Le train est encore en retard, mais quelle importance. Il n’y a rien à faire que de profiter du paysage et du temps qui passe.

 Nous arrivons à la tombée de la nuit à Zagreb. Confiants dans notre billet direct pour Ljubljana, nous restons dans le train avec nos bagages tout défaits, pas trop inquiets de voir un paquet de voyageurs descendre sur le quai ; après tout, Zagreb est la capitale de la Croatie. Mais les touristes allemandes commencent à s’activer en catastrophe et nous laissent seuls dans le train, dont les lumières s’éteignent tout à coup. Oups. Activation du plan rouge… Mais à peine le sac refermé sans soin sur un ensemble de tapons et les chaussures maladroitement remises, une secousse nous fait vaciller. Où va ce train sans voyageurs ? Cet agent des chemins de fer a l’air bien paniqué. Nous n’allons qu’un peu plus loin sur le quai. Ouf. Reste à savoir comment atteindre Ljubljana avec notre étrange billet écrit à la main. D’après le panneau des horaires, d’ici une heure et demie. Tant mieux !

A Zagreb aussi il y a des tramways vieux et neufs, dont le bleu cobalt s’accorde parfaitement au crépuscule. Il y a du monde sur la place de la gare, ça papote dans tous les coins sur la pelouse. Nous sommes revenus en pays latin. Nous profitons de la relative symétrie des lieux sur le socle d’une grande statue, face à la gare.

Le train pour Ljubljana est un affreux machin « moderne » tout lisse aux couleurs tristes tirant sur le maronnasse, dans lequel on ne peut pas ouvrir les fenêtres mais seulement profiter du boucan que fait la clim. Je ne suis sans doute pas très objectif quand au confort à bord des trains, mais tout de même, on devrait obliger les concepteurs de ce train à l’utiliser tous les jours.

Ljubljana, 2h du matin… La nuit est déserte. Ah, pas tout à fait. Un monsieur nous guide de bonne volonté vers l’auberge de jeunesse ; volcan de vie dans une ancienne prison. « C’est vintage », lâche Pierre dans un murmure. Ce mot ne quittera pas sa bouche pendant deux jours…

One comment on “Jour 36 – Le printemps, de Budapest à Ljubljana

  1. Reply Namasté Août 27,2014 8 h 48 min

    Le fameux hôtel Celica… C’est très vintage mais pour toutes les fois où j’ai fait une halte à Ljubjana, j’y ai passé des soirées formidables dans une ambiance vraiment géniale ! Et quand on commence à bien connaître les propriétaires, on peut avoir plein de petits avantages, surtout que la discussion est assez facile avec eux. Ils sont vraiment très gentils et ouverts !
    Claire

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