Jour 26 – Liesse (Forêt)

La radio diffuse du Chopin. Tout-à-l’heure, c’était la dernière chanson russe à succès. Dehors, le paysage défile dans une monotonie vertigineuse. Plus exactement, une symphonie en trois tons, aux subtiles variations de noir, blanc et vert. La palette de verts des conifères, du sombre manteau drapé des épicéas aux jeunes pousses pimpantes et désordonnées des pins cembros, apporte quelques nuances à la placidité des blancs bouleaux tachetés de noir sous la lumière diffuse propre aux cieux d’hiver, chargés de gris et filant bas au dessus d’un monde en sommeil.

Russie

De temps à autre, la forêt disparaît pour laisser place à quelques maisons en bois et, rarement, autre chose, comme ici, un enfant et son grand-père rentrant de quelques glissades en luge sur le fleuve de Vologda, devant des bulbes colorés (photo prise en extérieur, à l’aller)

Et toujours ces poteaux électriques pas droits qui vont finir par sombrer dans la neige avec le reste du pays. Les arbres à l’inverse s’élancent serrés et frêles vers le ciel, avec une verticalité infaillible. Un jour, les poteaux auront peut-être des racines, qui sait. De temps à autre, dans un grondement de métal, le train franchit une rivière blanche plus ou moins gigantesque. Plus loin, un petit village aux maisons en bois sombre ça et là moucheté de bleu, turquoise et jaune. Ou une tourbière aux arbres rabougris, clairs et clairsemés, vivants ou morts, malheureux colons terrassés par l’acidité du sol. Et c’est tout. Malgré tout, on voudrait que le trajet dure une semaine, comme dans le Transsibérien. Cette langueur, le temps qui s’étire, allongé sur un livre ou les yeux collés à la vitre, le temps de repenser à ce qu’on vient de vivre et à ce qui nous attend, ou simplement à rien ; ça doit être ça, le charme secret du Transsibérien.

Ourdoma (урдома). 1000 km et 1 jour depuis Vorkouta. Il fait plus doux ici. Une petite flaque d’eau incongrue traîne au milieu de la neige. Prémisse d’un déferlement de boue qui va saloper la Russie jusque juin, avant un été bien mérité. Cela dit, pour l’instant, il neige. Les giboulées commencent.

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