Jour 2 – Stockholm

D’après le nombre de Stockholmois(es) en petite tenue croisés ce soir, -15°C semble être la température idéale pour la course à pied en Suède. Pour ma part, je flâne en attendant le matin. Cette ville est bien charmante, on pourrait même en tomber amoureux sans avoir le temps de dire ouf. De recoins escarpés en paysages maritimes, on s’y laisse volontiers guider par le son de ce groupe de jazz du conservatoire ou par les petites lumières de ce cimetière végétal aux tombes minuscules.

photo train

Même les trains sont plus mignons qu’ailleurs. Ci-dessus le Saltsjöbanan qui arrive dans le Stadsgårdstunneln. Alors oui, ça c’est le défaut quand même, la langue suédoise est tout  à fait sibylline. Il y a aussi cette histoire de couronnes… Car depuis ce matin, je paie en nombres.

– 75 euros le petit déjeuner ? Mais c’est beaucoup trop cher !
– Ah Monsieur, ce sont des couronnes.
– Alors allons-y pour 75.

L’endroit était charmant. Le restaurant panoramique de l’hôtel Horizon est l’un de ces endroits idéaux pour écrire ou simplement réfléchir et passer le temps. Au septième et dernier étage, sous une charpente au bois clair, baignée d’une chaude lumière, j’y voyais en grand le port de Trelleborg et son horizon. Au fond, une télé chantonnait en Suédois, tandis que les dockers remplissaient inlassablement de camions le ferry Peter Pan qui m’y avait amené le matin même. C’est fou tout ce qu’on peut mettre dans un bateau. L’endroit n’a rien d’incroyable, on n’y est en tout cas pas écrasé par la beauté du paysage. Il est simplement apaisant. Seul client après le départ des deux suisses, le temps me semblait suspendu.

Mais pour l’heure, le temps passe de plus en plus lentement et après avoir trompé le froid au fil de quelques allers-retours dans le métro jusqu’à sa fermeture, il ne reste plus qu’un endroit où passer la nuit au chaud pour le prix d’un Big-Mac et d’une moyenne frite, s’il vous plaît. Enfin, chaud : le thermomètre vient titiller les 10°C lorsque la porte reste suffisamment longtemps fermée. Je ne suis pas le seul petit malin à avoir posé mes valises dans cet eldorado, emmitouflé comme un papier cadeau. A deux heures, le Mac Donald fait salle comble. Voyageurs, clochards, fêtards, tout le monde est dans la place.

A 4h, je n’ai pas lu 100 pages de mon bouquin que l’on nous prie de bien vouloir sortir, avec l’aide de deux portiers envoyés par la police. Voudrait-on nous tuer ? La gare n’ouvre pas avant 5h… Les habitués se dirigent immédiatement vers le City Terminalen, dont on ne sait pas trop s’il s’agit d’une gare routière ou d’un centre commercial. En tout cas, c’est chauffé. Et on n’est pas trop distrait pendant la lecture. Le bouquin de Nicolas Bouvier est percutant. L’usage du monde… Dès les premières pages, il balaye mes doutes sur ce voyages vers l’inconnu : « Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit de lui-même« .  « Nous nous refusions tous les luxes, sauf celui de la lenteur » …

Leave a Reply