Jour 16 – les Grandes Toundras

2184 km. Drôle de nom pour une gare. 2184 km de quoi ? De Moscou, a priori. Ça fait loin. Nous sommes pourtant à peine au tiers Ouest de la Russie. Ce matin, on a passé le cercle polaire. Le cercle polaire arctique… 66,5°N. Pas un panneau, pas une annonce, rien. Tout le monde s’en fout. C’est complètement arbitraire, de toute façon, cette frontière entre le monde tempéré et les déserts glacés.

Mais soudain, nous entrons soudain dans l’immensité du désert blanc. Blanc jusqu’au ciel. Tac-tac, tac-tac, assourdi par la neige. Nous avançons dans l’océan. Il n’y a rien. Si, une route. Trois camions au ralenti, dangereusement penchés. Ils passent une congère. Un autre est à l’arrêt dans la petite pente.

jour 16 - La toundra - vue du train

Au loin, la silhouette évanescente des Monts Oural. Pierre s’en fout, il est plongé dans Anna Karénine. Il finit tout de même par descendre de son perchoir. Une gare. Trois bicoques en bois. Des ouvriers en gilet orange bardés d’outils bizarres montent encore. La voiture est pleine. Bizarre, dans un endroit si vide. Les enfants jouent, les adultes discutent ou lisent. Les autres pensent, la tête contre la vitre. Quelques-uns dorment encore. Il est midi, il fait bon. On repart. La cheffe de gare à la chapka vermeille présente le rond noir sur blanc. Un pont. Une courbe. Une autre. Larges. On voit quand même l’avant du train par la fenêtre. Une de ces vitres un peu sales et gondolées à travers lesquelles le paysage défile par à coups, en champion du 1-2-3 soleil.

De nouveau la route. Des ornières de 50cm laissées par les camions. De nouveau un pont. Au loin la locomotive rouge et jaune trouble ce repos monochrome. Gare de Piécetz. Chapka noire cette fois-ci, mais bâtiment bleu ciel. Des fondations attendent un avenir meilleur. Il n’y a pas de route, comment les gens viennent-ils à la gare, mystère. On retourne dans le néant. Troué comme un camembert par un gigantesque pipeline en construction.

Quelques arbrisseaux luttent encore au ras de la neige soufflée. Les grandes toundras. Pierre dessine dans une langue abstraite connue de lui seul. Un songe infini. Nous allons arriver. Bientôt.

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