Jour 11 – Les skis de la taïga, la famille russe, et les êtres de la neige

Le repas du soir mijote sur le deuxième poële de la maison. Timidité ou barrière de la langue, nous restons dans la moitié de la cabane où nous avons déménagé pour laisser la place aux nouveaux arrivants. Une famille moscovite qui vient passer son week-end ici ; au complet, des jeunes enfants à la babouchka (grand-mère). C’est ainsi. Il ne faut pas forcer les choses.

jour 11 - les planches de pin

Les skis larges à ficelle sont alignés sur le mur de la maison, dehors. Les jeunes se sont entraînés sur le lac tout-à-l’heure, soulevant à chaque pas la spatule de la poudreuse à l’aide de la ficelle. Nous revenions alors seulement d’une longue marche, pas tellement en kilomètres, mais surtout en arrêts : ici un éléphanteau de neige sculpté par l’hiver, là un atterrissage de tétra-lyre et les traces du drôle de dindon qui zigzaguent sans logique apparente. Et surtout, tous ces petits paysages qui font paradoxalement le charme des grands espaces. La vallée des meringues et ses moëlleux cailloux enneigés, la barre rocheuse d’au moins 2m50 de haut, la montée de la mort de 50m…

Jour 11 - les etres des neiges

Nous revenions par la grande tourbière, avec un arrêt sous une giboulée de neige qui la rendit si mystérieuse pour notre dernier passage. Car demain, nous partons pour 3 jours de voyage vers Vorkuta. Déjà…

Jour 11 - la cuisine d'été

Vladimir et Karen – un autre russe de passage avec qui Pierre discute grande politique – se sont mis en tête de créer une cuisine d’été sous la cabane. La tronçonneuse ronfle. La nuit venue, la lune presque pleine nous montre sa tête de clown avec ses grands cratères couleur d’ombre, tandis que les constellations familières ont changé de place. A l’intérieur, il fait bon. On entend en sourdine la voix de la plus âgée des filles, qui fait la lecture au reste de la famille. Pierre ronfle en soupirs d’aises dans son duvet surgonflé au canard du sud-ouest. Allez savoir pourquoi, le canard du sud-ouest élevé aux bon soins du plein air produit des plumes plus volumineuses, plus isolantes, grâce à la couche d’air emprisonnée. On entend le ronronnement du groupe électrogène qui nous donne ce soir de la lumière. On est bien. On aimerait rester ici des mois, comme l’ont fait Pierre, Clémence et bientôt Maria, voire des années comme Vladimir et Laëtitia, fondatrice de l’association Lupus Laetus ; ils oeuvrent dans la région depuis 3 ans déjà pour la réintroduction des loups orphelins des zoos ou du braconnage, lorsque les chasseurs tuent la mère.

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