Jour 10 – Faire ses courses en motoneige

Après un repas raisonnablement gargantuesque et une bonne nuit, nous avons du ce matin faire les courses et diverses choses. Les filles ont bien insisté sur certains points. Le papier toilette, la confiture de lait, les gâteaux fourrés… Mais comment transporter quatre personnes sur une motoneige ? Facile. Une devant, deux au milieu et une derrière. Il faut répartir la charge. Vladimir s’est assuré que les deux traîneaux successifs étaient bien arrimés, que nous étions prêts, cagoules et parkas jusque sur le nez, et en avant.

jour 10 - les courses en motoneige

La majeure partie des cinquante minutes de trajet vers la ville la plus proche s’apparente à une série de montagnes russes. La technique des parcs d’attraction reste relativement valable sur un traîneau qui saute de bosse en bosse. Rester relâché… Jusqu’à ce que les traîneaux se détachent de la motoneige. Trop de relâchement, sans doute. On peut alors souffler un peu, le temps de passer une corde sur l’attache métallique.

L’hiver ici, c’est la liberté totale de mouvement. Il n’y a plus de lacs, de rivières, de tourbières ou de cailloux. Il n’y a plus que du blanc. Fangio nous faisait ainsi goûter à l’alternance slalom entre les arbres – record de vitesse sur tourbière. Tandis qu’il fendait la poudreuse à 80 km/h, je tenais d’une main le traîneau et de l’autre le haut de la parka, dans un nuage de gazoline neigeuse. J’ai alors fermé les yeux et senti l’environnement se dissiper, devenir cotonneux comme dans un rêve ouaté. Le silence s’est imposé. Une sensation de flottement a succédé aux cahots. J’ai rouvert les yeux, nous étions en fait à l’arrêt et sortis de la piste…

jour 10 - la cabane rose

Une petite manœuvre et nous repartions comme si de rien n’était. Arrivés en ville, les têtes se sont levées à notre passage. Comment aurait-il pu en être autrement ? La neige s’est mise à tomber, par petites salves. Nous avons rempli le deuxième traîneau de divers aliments du meilleur rapport poids-calories et une sortie de piste plus tard, nous étions attablés devant un plat fumant à la cabane.

La fumée allait aussi très bientôt remplir le « bania ». Il s’agit tout simplement du sauna russe, intermédiaire entre le turc et le finlandais en cela qu’il est mi-chaud, mi-humide.

 jour 10 - le traîneau

Une cabane lui est spécialement dédiée. Après un petit vestibule, on y entre dans une pièce carrée en bois entourant un grand poële. Sur le poële, des cailloux dans un grillage et une bassine d’eau en métal. De temps à autre, il se trouve toujours un occupant pour avoir la bonne idée de jeter de l’eau chaude sur les pierres brûlantes. Des bouffées de vapeur à 80°C vous obligent alors à vous asperger d’eau glacée, ou carrément à sortir.

Il faut s’imaginer des silhouettes sortant toutes nues par -10°C, sous un ciel bleu nuit aux teintes cobalt, s’asperger de neige fraîche ou carrément s’y laisser tomber avec délectation, avant de retourner chercher de l’eau dans le trou de glace du lac et rentrer au chaud se laver à l’eau froide. Un bien-être indicible.

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